Le travail au Japon

Faisons tout d’abord un petit topo sur ce qu’il se passait il y a quelques années et qui a généré l’idée que nous nous faisons aujourd’hui du travail au Japon... En ce qui concerne l’emploi à vie considéré comme une spécialité japonaise… En fait il tient autant du mythe que de la réalité. Il ne concernait en 1998 que 30% des salariés, ceux qui travaillent dans les grands groupes. De plus il impose des contraintes. L’avancement se fait à l’ancienneté plutôt qu’au mérite : les jeunes diplômés d’universités prestigieuses ne peuvent, comme en Europe, prétendre décrocher un poste de direction avec un salaire élevé.

Au contraire, ils sont embauchés avec un salaire de misère et ils commencent à la chaîne ou dans un obscur bureau afin de se familiariser avec les hommes, le fonctionnement et l’esprit de l'entreprise. Autre contrainte : en échange de la garantie de l’emploi, les salariés doivent se dévouer à l’entreprise et accepter si l’avenir de la société est en jeu, n’importe quel poste, n'importe où dans le pays. Mais lorsque l’emploi n’est pas garanti à vie, on peut constater qu’autour gravitent toute sortes d’emplois plus précaires et moins rémunérés. C’est le cas dans d’innombrables petites et moyennes sociétés travaillant en sous-traitance pour les plus grosses. Ce sont les plus exposées, les premières à faire faillite en cas de crise.

Le Japon est aussi le pays des petits boulots, ils sont occupés par les jeunes, les femmes et les personnes âgées. Et toutes ces personnes sont en quelque sorte le soutien de la machine économique. Sans elles le Japon ne pourrait s’adapter aussi vite aux évolutions de la conjoncture ni offrir un aussi remarquable service à la clientèle.

Le travail au Japon

Vous avez dit petit boulot ? Neuf étudiants sur dix et six lycéens sur dix font des arubaito en dehors de leurs heures de cours. Grâce à eux les journaux disposent d’une armée de porteurs à domicile leur permettant d’être diffusé deux fois par jour dans tous les foyers japonais. Sans ces étudiants en quête d’argent de poche, les coffees shop, les fast food et les boutiques d’alimentation ouvertes 24/24 h ne pourraient survivre. Plus d’un homme sur deux et plus d’une femme sur quatre continue de travailler après la retraite. Ils sont repris par une filiale de leur ancienne entreprise, et offrent leur expérience à une petite entreprise ou sont cantonnés parfois a des taches subalterne voir pénibles : gardiens d’immeuble, chauffeurs de taxi, balayeurs, etc... Ils travaillent souvent parce qu’ils y sont obligés, faute d’une pension suffisante, mais aussi parce qu’ils ne s’imaginent pas rester à ne rien faire alors qu’ils sont encore en bonne santé.

L’une des idées reçue les plus répandu concerne le travail des femmes, pensant qu’elles sont sous payées… Ce n’est malheureusement pas un mythe même si cela tend à changer. Il faut savoir néanmoins que les femmes ont rendu un fier service à l’économie japonaise. L’industrie électronique doit une partie de sa réussite au sérieux de ces ouvrières aux mains agiles et payées chichement (du moins à l’origine).

Le travail au Japon

Les banques, la distribution et tous les secteurs de services disposent avec les femmes d’une main d’œuvre qualifiée et parfaitement dévouée. Ce sont les office laies, les OL qui peuplent les bureaux. Surnommées ochakumi lorsque leur activité essentielle est de servir le thé à leur collègue masculins payés plus cher qu’elles. Elles rendent mille services et savent se retirer dès qu’elles se marient, évitant à l’entreprise d’avoir à augmenter leurs salaires. Vers 35 ans elles recommencent à travailler mais toujours à un poste peu gratifiant et souvent à temps partiel (parto). Dans la distribution 2 tiers des emplois sont des partos. Cela permet d’allonger le temps d’ouverture du magasins sans augmenter la masse salariale…

Mais cela change depuis 1990. Les femmes au travail sont plus nombreuses que celles restant au foyer. Beaucoup d'elles ne se contentent plus d’études supérieures réduites et envisagent sérieusement de faire carrière. Un cauchemar pour les hommes qui refusent de se faire commander par des femmes.. ! ( je pense maintenant que ça ne pose plus trop de problème, la société japonaise sait reconnaître ses atouts et les femmes en font partie)

En effet, l'expansion des relations avec l'occident change petit à petit les moeurs, au grand dam des familles. En effet, le niveau d'éducation augmente mais il est encore peu fréquent qu'une fille suive de longues études dans le but d'une carrière ambitieuse. Les études sont perçues comme un bon moyen de s'amuser et de faire des rencontres, ou encore de trouver un mari qualifié, avec un bon salaire et un bon niveau intellectuel, sur le lieu du travail que leurs études ont permis d'atteindre (et non non ce n’est pas un cliché !).

Le travail au Japon

En dépit de la loi de 1987 réglementant le marché de l’emploi au niveau de l’égalité des salaires entre les deux sexes, une femme continue de toucher de 30 à 50% de moins que ses collègues masculins, et lorsqu'elle est enceinte, on la pousse à démissionner. On constate que peu de femmes occupent des postes à haute responsabilité. Il existe néanmoins quelques exceptions : certaines femmes sont à la tête de grands groupes, notamment dans les cosmétiques et le gouvernement comptes cinq femmes ministres.

En ce qui concerne la culture d’entreprise nipponne : pour le Japonais, la finalité d'une entreprise est avant tout de « renforcer le collectif ». En effet le groupe est le point majeur qui caractérise les japonais. Ils appartiennent à deux groupes : la famille et l’employeur, ce dernier étant de plus en plus l’employeur à vie, son rôle est très important.

En 1991, 62% des employés se disaient pratiquement "mariés" à leur entreprise. Aujourd’hui plus de 75% des employés le disent. Les femmes semblent encore plus préoccupées pour la sécurité de l'emploi puisque, selon une étude, 85% d'entre elles choisiraient de rester au travail plutôt que d'aller retrouver leur amoureux, contre 75% des hommes.

Voila un petit aperçu de ce qu’ on peut dire ou penser sur le travail au japon…

Stupeur et Tremblements

Le roman "Stupeur et Tremblements" d'Amélie Nothomb semble être donc assez proche de la réalité… C’est une histoire qui nous plonge au coeur de la culture d'entreprise nipponne. Et lorsqu’une journaliste demandait à l’auteur si son roman était un pamphlet sur l'entreprise japonaise : celle-ci fit une réponse édifiante : « Il ne s'agit en aucun cas d'un pamphlet car cela supposerait que j'ai des comptes à régler avec le Japon. Je n'ai aucun désir de vengeance, ni aucune rancune vis à vis du Japon. Les japonais m'ont traité comme n'importe quelle japonaise alors pourquoi devrais-je leur en vouloir plus que n'importe quelle japonaise ? C'est même d'une certaine façon, un honneur que d'être traité comme une japonaise ! »

Sayônara !