Riziere au Japon

L’eau est sa seule richesse naturelle. Le Japon n’a pratiquement aucun des minerais indispensables pour constituer les bases d’une économie. Il n’a pas de pétrole : sa production représente moins de 4% de ses importations de brut.

Il a dû renoncer à exploiter ses modestes gisements de charbons qui n’étaient pas rentables : il produit sept fois moins de houille qu’il n’en importe. Il dépend à plus de 80% de l’énergie importée (moins de 14% en ce qui concerne les USA).

Son agriculture lui coûte une fortune. Mais, contrairement à une idée largement répandue, elle arrive tant bien que mal à couvrir les besoins alimentaires. Pourtant, la surface totale des terres cultivables est 80 fois plus petite que celle des Etats-Unis et 6 fois plus petite que celle de la France. Pour simplifier, le Japon doit se contenter d’une surface équivalente au bassin aquitain.

Le riz représente le tiers de la production agricole. Dans certaines régions c’est la monoculture. C’est aussi le riz le plus cher du monde car il bénéficie d’exceptionnelles subventions de l’Etat : les paysans ont longtemps constitués la base électorale du parti libéral démocrate. Conséquences : les consommateurs nippons paient le prix fort et la production de riz est fortement excédentaire. Grâce à des méthodes de culture intensive, le Japon parvient à produire l’essentiel des légumes et des fruits dont il a besoin. Toutefois il manque de viande rouge, surtout avec les changements d’habitudes alimentaires. Il doit aussi importer la quasi-totalité des aliments du bétail et il ne produit qu’un tiers des céréales qu’il consomme.

La peche japonaise

Bien que la pêche japonaise soit l’une des première du monde, elle ne satisfait pas totalement l’appétit de la population. Un japonais consomme 3 fois plus de poisson qu’un occidental. En temps de paix et en absence de catastrophe naturelle le Japon parvient à survivre. Mais en cas d’accident il n’a aucune marge. Il est donc condamné à se surpasser en permanence, à trouver des issues de secours.

Le Japon rebondit sur les obstacles et se moque des crises. C’est le fait marquant de ces 20 dernières années. La crise pétrolière de 1973 aurait dû l’abattre. Aucun autre pays important n’était aussi dépendant du brut de l’ O.P.E.P. Et le pétrole représentait à l’époque les trois quart de la consommation d’énergie. Deux ans après l’« oil shokku », l’économie japonaise était remise sur les rails et la croissance était de retour.

Pouvoirs publics et industriels ont réagis au quart de tour. Les industries trop gourmandes en pétrole ont immédiatement mis au point des techniques économes en énergie. En peu de temps, la sidérurgie et la chimie ont réduit d’un quart leur consommation de pétrole. Beaucoup d’usines, de hauts fourneaux, de chantiers navals ont été fermés. Les japonais ont abandonné les tankers aux coréens et ont construit des navires destinés au transport du gaz naturel liquéfié et ont même imaginé des usines flottantes livrées à des clients situés à l’autre bout du Pacifique.

Robot japonais

Les robots ont envahi les usines. Les taxis se sont mis à rouler au gaz. Les chauffe-eau solaires ont couverts le toit des maisons. Et le Japon, oubliant Hiroshima, s’est doté de l’un des plus importants parcs de centrales nucléaires de la planète. La soudaine envolée du Yen, à partir de l’automne 1985, a finalement donné un nouveau coup d’accélérateur à l’économie.

A l’époque ce fût la panique. En l’espace de quelques mois, le yen a gagné 50% par rapport au dollar. Les produits japonais exportés ont donc coûté moitié plus cher : une catastrophe pour les fabricants de téléviseurs, de magnétoscopes et de voitures. Les profits sont tombés en chute libre. Nissan a été le premier constructeur japonais de l’histoire à accuser un déficit en 1986. Au total, les industriels ont dû supprimer 400 000 emplois en un an. Des milliers de PME ont disparu et des dizaines de petits patrons se sont suicidés.

Aibo

Mais le Japon n’a pas sombré longtemps dans le désespoir de l’endaka (qui signifie « à cause de la crise du yen »). Il a vite fait les comptes et il a réagi. La flambée du yen a réduit la facture pétrolière de moitié : une économie de 50 milliards de dollars en un an. Le gouvernement a relancé les dépenses publiques. Les entreprises ont redécouvert le marché intérieur, abandonné les productions bas de gamme et mis la priorité sur les appareils sophistiqués.

Si le Japon parvient si bien à surfer sur les vagues de la conjoncture, c’est parce que ses grands capitaines d’industries obéissent à une vision à long terme. A la différence des capitalistes américains et français, ils ne sont pas préoccupés par les bénéfices immédiats et la rémunération des actionnaires. Ils élaborent des stratégies pour conquérir les marchés existants ou en créer de nouveaux. Souvent pour gagner du temps, ils commencent par faire appel à la technologie étrangère. Puis l’élève devient plus fort que le maître…

Sayônara !