Missionnaire japonais

Vers 1545 commencèrent à arriver à Kyûshu des marchands portugais accompagnés de missionnaires jésuites, alertés par les naufragés qui, en 1543, avaient introduit les armes à feu dans le pays et qui étaient revenus en Chine. Les Daimyô accueillirent avec plaisir ces étrangers qui leur apportaient quantité de choses nouvelles et qui semblaient n’être venus au Japon que dans l’intention de commercer et d’évangéliser.

Dans l’esprit des Japonais de cette époque ces deux activités semblaient alors liées chez « les barbares du sud ». Aussi considéraient-ils de bonne politique d’accepter la religion pour obtenir le bénéfice du commerce. La traditionnelle tolérance religieuse des Japonais portait naturellement ceux-ci à considérer d’un œil favorable les nouvelles doctrines apportées par ces hommes habillés de noir.

Francois Xavier débarqua à leur suite en 1549 et fût également bien reçu, non seulement à Kagoshima par le Daimyô de Satsuma, mais aussi à Hirado et à Yamaguchi, dans le château du Daimyô d’ôuchi. À Kyôto cependant, il trouva porte close, le shôgun étant absent et l’empereur invisible. Il revint donc dans le sud du Japon et, après plus de deux années de séjour, il retourna à Goa, emmenant avec lui quelques Japonais convertis.

C’est alors qu’en même temps que les marchands, les missionnaires jésuites débarquèrent de plus en plus nombreux et entreprirent leur œuvre de conversion. Mais ces premiers missionnaires, s’ils récoltaient quelques succès, se heurtèrent bientôt à l’opposition des religieux du Hokke, une secte nichirénites, et des moines zen.

Un japonais chrétien

Le commerce avec les étrangers était extrêmement fructueux pour les Daimyô des provinces où abordaient les Portugais : il leur procurait ces armes à feu dont les féodaux, toujours en guerre, avaient grand besoin. Le christianisme fut d’abord accepté comme faisant partie de la civilisation étrangère, comme une religion venue des Indes et que les Japonais appelaient alors du nom de ce pays, Tenjiku-shû.

La nouvelle religion, bien qu’acceptée, choquait par certains de ses aspects les sentiments les plus profonds des Japonais : le péché originel, le célibat des prêtres, l’unicité d’un Dieu tout puissant pouvant donner des ordres aux empereurs. Tous ces traits pour ne citer que les plus caractéristiques, firent que très vite les Japonais commencèrent à se défier d’une religion « étrangère » qu’il importait de ne pas trop favoriser.

D’où après un accueil chaleureux, une réticence mal dissimulée. Cependant, de nombreux japonais se convertissaient, le mysticisme chrétien leur apportant quelque chose de nouveau. Oda Nobunaga reçut volontiers les prêtres catholiques, les protégea même. En moins de dix ans, il arriva plus de 90 pères jésuites au Japon, le nombre de leurs fidèles étant alors de 150 000. 200 églises avaient été construites, Oda Nobunaga pensait, en favorisant les chrétiens, faire échec aux menées des monastères bouddhiques. Certains de ses fils embrassèrent la religion.

Mais après le décès de Nobunaga, son successeur ne vit pas d’un bon œil ses vassaux s’inféoder à une puissance étrangère, la papauté, dont il ne pouvait imaginer la nature. Il redoutait également la flotte espagnole ancrée à Manille. Les dissensions entre jésuites portugais et franciscains espagnols lui fournirent un prétexte en 1587, pour interdire l’œuvre des missionnaires. Les missionnaires poursuivirent néanmoins leur œuvre en cachette, sans être inquiétés. Alors que le commerce avec l’étranger était encouragé, les conversions étaient déconseillées.

L’ardeur des missionnaires franciscains allait, en 1596, mettre le feu aux poudres, avec l’affaire du San Felipe, un galion espagnol dont les marins, quelque peu molestés, auraient menacé de faire appel à la puissance espagnole. Hideyoshi, redoutant une invasion et prenant les missionnaires pour des espions, fit alors crucifier 36 chrétiens pour la plupart franciscains. Il est possible que les jésuites portugais eussent une part dans l’affaire. Mais la répression cessa avec la mort d’Hideyoshi.

La flotte portugaise au Japon

En 1605, le nombre de convertis se serait élevé à près de 750 000, chiffre énorme pour l’époque, à peu près 4 % des Japonais ! Des dominicains et des augustins étaient venus s’associer à cet élan missionnaire. L’arrivée des bateaux hollandais et anglais (ennemis de la papauté), dont les objectifs n’étaient que commerciaux, aggrava encore la situation : les chrétiens furent dénoncés comme papistes par les nouveaux arrivants qui tentaient évidemment d’éliminer à leur profit le commerce espagnol et portugais.

Finalement, ce sera Ieyasu, en 1614, qui expulsera tous les missionnaires, les chrétiens étant accusés de collusion avec les puissances étrangères. Mais il est permis de penser que la raison de l’échec du christianisme au Japon fut l’incompatibilité absolue entre les doctrines chrétiennes et l’esprit du Shintô. Les autres raisons n’en furent que le corollaire…

Sayônara !

Source : "La vie quotidienne au temps des samouraï, 1185-1603", de Louis FRÉDÉRIC