Femme japonaise

Il existe peu de documents sur les relations entre femmes et hommes dans le peuple japonais, les seuls textes qui ont pu éclairer les chercheurs sont des écrits concernant essentiellement des sentiments, des faits et gestes des personnes appartenant à la classe des aristocrates ou tout du moins des guerriers de haut rang.

Les nobles de Kyoto, oisifs pour la plupart, dont la vie et les déplacements étaient entravés par de nombreux interdits d’action, et chez lesquels la polygamie était toujours à l’honneur, attachaient une grande importance aux relations amoureuses, qui apportaient un dérivatif à leur ennui permanent. Les hommes de cette époque étaient attirés par des détails féminins qui nous apparaîtraient aujourd’hui insignifiants : une manche de kimono dépassant de l’ouverture d’une chaise à porteurs, un poème bien calligraphié

Les occasions de rencontre étaient assez fréquentes, soit à la cour, lors de réceptions ou de fêtes, soit lors des excursions, des pèlerinages ou des cérémonies dans les temples ou dans les sanctuaires. Certains récits décrivent les nobles épiant le soir ou très tôt le matin, à travers la haie d’un jardin ou l’embrasure d’une porte, les femmes d’une maison.

« Regardant avec soin, il vit que sa silhouette avec sa robe négligemment jetée sur les épaules, était fine et extrêmement enfantine. Alors qu’il pensait à la chance qu’il avait eu de l’apercevoir, le jour se levant progressivement, il s’en retourna chez lui. »

Les amours japonais

Si les mœurs des nobles étaient extrêmement libres, toutes leurs actions étaient soumises à des règles précises. Il était de coutume que l’amoureux fasse connaître ses intentions en envoyant à sa belle une lettre assortie d’un poème, qu’il attachait à une branche d’arbre, saule, cerisier ou prunier selon la saison. Il n’était pas nécessaire que l’amoureux composât un poème original.

Très souvent il se contentait d’adapter à la circonstance une des nombreuses poésies contenues dans l’une des 21 anthologies impériales, et que toute personne cultivée se devait de connaître par cœur. De même après la première nuit, l’amant envoyait à sa maîtresse quelques vers « Bien qu’il fut extrêmement tard dans la nuit, je m’en allai, car il me paraissait que je devais agir ainsi. Mais comme cela me fut pénible ! »

Les femmes répondaient sur le même ton et cette correspondance poétique pouvait ainsi se prolonger un certain temps, avant le dénouement, et bien souvent après. Généralement, l’attente se réduisait à quelques jours et l’amoureux, souvent sous un déguisement, s’introduisait nuitamment dans la chambre de la jeune femme.

La grande affaire, était, pour l’amoureux, de passer sans rencontrer trop d’opposition derrière l’écran qui dissimulait l’objet de ses désirs. Le reste était alors facile. D’autres fois l’amoureux procédait à un enlèvement.

Bourgeon

Les sentiments exprimés si poétiquement, vrais ou faux peu importait, se traduisaient en fin de compte par une action relativement brutale, souvent sans suite, et il était parfois difficile d’attribuer une parenté certaine aux enfants nés d’unions souvent hasardeuses. Les romans de l’époque parlent souvent de substitutions d’amants à la faveur de déguisement ou de l’obscurité.

Ce que les hommes demandaient alors aux femmes, c’était essentiellement la disponibilité. Aussi, bien souvent, les femmes des classes aristocratiques étaient-elles sentimentalement très malheureuses. Elles pouvaient à tout moment êtres prises ou abandonnées, parfois même avec la complicité des autres femmes de la maison. Leur jalousie était constamment en éveil, bien qu’elles ne dussent en aucun cas le montrer.

Dans la classe des Bushis, la situation devait être bien différente, ceux-ci ayant adopté le principe de la monogamie. Dans la classe des samouraïs, l’infidélité de l’épouse était durement sanctionnée, la plupart du temps par une répudiation. Cependant pour les hommes, les choses de l’amour apparaissent aussi naturelles que boire ou manger. C’est pourquoi, il existait beaucoup d’auberges en ville ou sur les routes, où le couvert, le gîte et les besoins essentiels des hommes pouvaient être satisfaits à bon compte…

Sayônara !

Source : "La vie quotidienne au temps des samouraï, 1185-1603", de Louis FRÉDÉRIC